Les fuites urinaires touchent une femme sur trois. Est-ce une fatalité ? Pas du tout, mais attention : le remède éclair n’existe pas.

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Catherine Handfield

Catherine Handfield, La Presse

La Dre Marie-Eve Clermont est gynécologue au CHUM. Elle est plus spécifiquement « urogynécologue », donc spécialisée dans les troubles de la vessie et du plancher pelvien. Elle sait faire plusieurs types d’interventions chirurgicales.

Pourtant, parmi les patientes qui aboutissent devant elle, seule une minorité a besoin d’être opérée. « J’ai des patientes qui attendent depuis deux ans pour venir à notre clinique, mais aucun conseil de première ligne n’a été mis de l’avant », souligne-t-elle. Aucun exercice, aucune physiothérapie, aucun changement d’habitudes de vie. « Il n’y a pas de quick fix pour l’incontinence ; c’est vraiment une prise en charge globale, avec l’implication du patient. »

La prévention est possible, dit-elle, « et elle est payante ».

Effort

Il y a plusieurs types d’incontinence urinaire, et pour bien la traiter, il faut identifier le mécanisme en cause. Le type le plus fréquent ? L’incontinence urinaire d’effort. Les femmes perdent de l’urine lorsqu’elles soulèvent une charge, toussent, courent, etc.

La première ligne de traitement demeure l’entraînement du plancher pelvien, idéalement supervisé par un professionnel. Et ça fonctionne… très bien.

Selon une revue de la littérature Cochrane publiée en 2018, parmi les femmes qui suivent un tel entraînement supervisé (de trois à six mois), les trois quarts voient leurs symptômes s’améliorer, voire disparaître pour la plupart.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Lafrance-Raymond, physiothérapeute périnéale

Le traitement va donc varier d’une femme à l’autre, mais effectivement, dit-elle, des exercices de mobilité du plancher pelvien font partie du traitement. C’est ennuyant à faire, et ça demande de la discipline…

« Ça revient beaucoup dans la littérature scientifique : c’est plate ! », convient Catherine Lafrance-Raymond. La clé ? Les intégrer aux activités quotidiennes. Aux sports, par exemple : musculation, yoga, pilates… Faut-il en faire tous les jours ? « Techniquement, pour l’amélioration de n’importe quel groupe musculaire, on parle de trois à quatre fois par semaine, et pour le maintien, de deux fois par semaine », dit-elle.

Il faut voir l’entraînement comme un tout, croit la kinésiologue Fannie Marchessault, spécialisée en périnatalité.

Quand on travaille le corps dans son ensemble, c’est beaucoup plus fonctionnel que de simplement s’asseoir et faire des contractions du plancher pelvien…

 Fannie Marchessault, kinésiologue

Et il faut être patient, ajoute-t-elle : « C’est normal si la progression est en dents de scie… »

Les femmes peuvent aussi prendre l’habitude de verrouiller leur plancher pelvien quand elles toussent, rient, sautent ou soulèvent quelque chose. « C’est un réflexe qui peut se perdre à la suite d’un trauma comme un accouchement, comme une opération, de la violence sexuelle », indique Catherine Lafrance-Raymond.

L’adhésion aux exercices dépend aussi de l’investissement que les femmes sont prêtes à mettre, souligne la gynécologue Marie-Eve Clermont. Celles qui ne sont pas particulièrement importunées par leurs fuites n’auront pas la même motivation que celles qui vivent beaucoup d’anxiété. D’ailleurs, dit-elle, le critère central dans le traitement de l’incontinence urinaire demeure le niveau d’inconfort, qui varie beaucoup d’une patiente à l’autre. « Pour les fuites urinaires, il n’y a pas beaucoup de signaux d’alarme qui nous indiquent qu’il faut absolument intervenir d’un point de vue médical », résume l’urogynécologue.

Mais si on ne fait rien, le problème ne risque-t-il pas de s’aggraver ? Ça dépend des facteurs de risque, dit-elle. Le gain de poids, la ménopause, l’inactivité physique, le tabagisme et différents problèmes de santé peuvent effectivement exacerber les fuites avec le temps, dit-elle.

Incontinence mixte

Le deuxième type de fuites urinaires pour la fréquence est l’incontinence dite « mixte ». C’est une combinaison d’incontinence d’effort et d’incontinence dite d’« urgence » : le muscle qui entoure la vessie a tendance à se contracter au mauvais moment ; quand on ouvre la porte d’entrée, par exemple. La prévalence augmente avec l’âge.

Pour traiter le problème, c’est important de savoir comment contracter le plancher pelvien, « mais le plus important, c’est de le contracter au bon moment, pour essayer de bloquer la vessie », explique la Dre Clermont.

Les changements d’habitudes de vie (mieux contrôler sa consommation de liquides, diminuer les éléments irritants…) et la thérapie comportementale sont plus efficaces pour traiter le problème que la médication.

« On essaie, dans un premier temps, de régulariser la fréquence urinaire, de désensibiliser la vessie », explique Catherine Lafrance-Raymond. Les femmes apprennent ensuite des stratégies pour supprimer les envies pressantes, comme effectuer une tâche mentale.

Enfin, la cessation du tabagisme et la perte de poids peuvent aussi contribuer à diminuer les fuites, indique la Dre Clermont.

Pessaire et Emsella

Le pessaire est aussi utilisé en première ligne contre l’incontinence urinaire d’effort. Il s’agit d’un dispositif qu’on insère dans le vagin, et qui s’appuie contre l’urètre. « Ce n’est pas juste pour les vieilles madames ! insiste la Dre Clermont. Des femmes le portent tout le temps, et d’autres, pour faire du sport. « Au fur et à mesure qu’on fait nos exercices de plancher pelvien, on peut s’apercevoir qu’on en a besoin moins souvent », dit-elle.

Plusieurs cliniques privées proposent des traitements « Emsella », des chaises qui utilisent une technologie électromagnétique pour renforcer les muscles du plancher pelvien. Oui ou non ? « On est dans la veine du quick fix, à coûts forts, et ça ne va pas nécessairement fonctionner », nuance la Dre Clermont. Catherine Lafrance-Raymond rappelle pour sa part que les fuites ne sont pas nécessairement causées par un plancher pelvien trop faible.

Des ressources

L’Association internationale d’urogynécologie offre plusieurs prospectus d’information :

Consultez le site de l’Association internationale d’urogynécologie

La campagne Be Pelvic Health Aware (en anglais seulement) :

Consultez la page de la campagne (en anglais)

Catherine Lafrance-Raymond et Fannie Marchessault ont monté un programme pour les fuites urinaires (payant) :

Consultez la page du programme

Le programme PhysioCoop propose des rendez-vous en physiothérapie accessibles aux gens sans assurances

Consultez le site du programme